TRADE STACK · 2026
↩ JOURNAL/● HISTOIRE DES MARCHÉS/№ 0096

Franc suisse 2015 : le jour où le stop n'a pas existé.

Le 15 janvier 2015, l'EUR/CHF passe de 1,20 à environ 0,85 en quelques minutes. Pourquoi les stops ont glissé de centaines de pips, et la leçon à en tirer.

↳ AUTEUR
SAMUEL O.
TradeStack
↳ PUBLIÉ
30 octobre 2026
Paris · 09:00 CET
↳ LECTURE
8 min
1 491 mots env.
↳ TAGS
#histoire des marchés#stop loss#slippage#gestion du risque#forex
Franc suisse 2015 : le jour où le stop n'a pas existé.
FIG. 01 · Couverture : Franc suisse 2015 : le jour où le stop n'a pas existé↳ tradestack.fr

Le 15 janvier 2015 à 10 h 30, la Banque nationale suisse (BNS) a abandonné le plancher de 1,20 franc pour un euro qu'elle défendait depuis plus de trois ans. L'EUR/CHF est tombé vers 0,85 en quelques minutes. Les stops placés juste sous 1,20 n'ont pas été exécutés à leur prix, mais là où un acheteur est réapparu, souvent des centaines de pips plus bas. Cette journée résume une vérité simple : un stop est un ordre, pas une garantie de prix.

Imaginez la position la plus « sûre » de votre carrière. Une banque centrale a annoncé qu'elle achèterait des euros en quantité illimitée pour empêcher l'EUR/CHF de passer sous 1,20. Elle le fait depuis 2011. Trois jours plus tôt, son vice-président a encore répété que ce plancher restait la pierre angulaire de sa politique. Vous achetez à 1,2010, stop à 1,1950. Risque : 60 pips. Ce matin-là, votre perte réelle se compte en milliers de pips.

Qu'est-ce que le plancher de la BNS ?

Le 6 septembre 2011, en pleine crise de la zone euro, le franc suisse s'appréciait fortement, au point de menacer l'économie suisse. La BNS a alors fixé un cours plancher : 1 euro vaudrait au moins 1,20 franc. Pour le défendre, elle achetait des euros, contre des francs qu'elle créait, à chaque fois que le cours s'approchait du seuil.

Pendant plus de trois ans, le plancher a tenu. Pour beaucoup de traders, 1,20 était devenu un niveau sans risque : on achetait près du plancher avec un stop juste en dessous. Le potentiel de perte paraissait minuscule, puisque la banque centrale empêchait le prix de descendre.

Que s'est-il passé le 15 janvier 2015 ?

Le 12 janvier 2015, le vice-président de la BNS, Jean-Pierre Danthine, réaffirme publiquement que le plancher reste la pierre angulaire de la politique monétaire. Le 15 janvier, à 10 h 30 heure de Zurich, la BNS annonce qu'elle l'abandonne.

Le seul acheteur qui tenait le niveau disparaît. Les vendeurs, eux, sont nombreux : tous les stops placés sous 1,20 se déclenchent en même temps. L'EUR/CHF tombe vers 0,85 en quelques minutes (le niveau exact varie selon les sources et les plateformes), avant de remonter au-dessus de 1,00 dans la journée.

Un mouvement d'environ 30 % sur une grande paire de devises, en quelques minutes. Dans un marché réputé pour sa liquidité.

Pourquoi les stops n'ont-ils pas été exécutés à leur prix ?

Parce qu'un stop loss classique est un ordre au marché conditionnel. Quand le prix touche votre niveau, l'ordre devient un ordre de vente au meilleur prix disponible. S'il n'y a aucun acheteur à 1,1950, ni à 1,1900, ni à 1,1000, l'ordre est exécuté plus bas, là où un acheteur accepte enfin la contrepartie.

C'est le slippage : l'écart entre le prix demandé et le prix obtenu. En temps normal, il se compte en fractions de pip. Le 15 janvier 2015, il s'est compté en centaines de pips, parfois davantage. Le fonctionnement des ordres stop est détaillé dans les types d'ordres en trading.

Quelles ont été les conséquences ?

Pour les traders, des pertes sans commune mesure avec le risque prévu. Avec l'effet de levier, de nombreux comptes sont passés en solde négatif : le client devait de l'argent à son courtier.

Pour les courtiers, le choc a été direct. FXCM a annoncé environ 225 millions de dollars de soldes négatifs chez ses clients. Alpari UK a été placé en administration quelques jours plus tard. D'autres courtiers ont subi des pertes importantes.

En Europe, cet épisode fait partie de ceux qui ont mené aux mesures de l'ESMA de 2018 sur les CFD pour les clients particuliers, dont la protection contre le solde négatif et la limitation de l'effet de levier.

Combien coûte un stop exécuté 10 fois plus loin ?

Exemple (chiffres d'exemple) : compte de 10 000 €, risque prévu de 1 %, soit 100 €, stop à 50 pips. La taille est calculée pour que 50 pips coûtent 100 €.

Exécution du stopDistance réellePerteEn % du compte
Au prix prévu50 pips100 €1 %
Slippage modéré80 pips160 €1,6 %
Gap d'annonce200 pips400 €4 %
Gap extrême500 pips1 000 €10 %

Le risque réel n'est donc pas « la distance du stop », mais « la distance jusqu'au prix où vous serez réellement exécuté ». Dans la plupart des séances, les deux se confondent. Lors d'un choc, elles n'ont plus rien à voir.

Notez le prix de sortie réel de chaque trade →

Comment gérer le risque de gap ?

Le gap ne se gère pas avec le stop, puisque c'est précisément le stop qui ne fonctionne plus. Il se gère avant, avec la taille et l'exposition.

  1. Identifier les moments à risque. Décisions de banques centrales, annonces majeures, week-ends, jours fériés. Le calendrier économique les liste.
  2. Décider à l'avance de l'exposition. Fermer, réduire, ou garder en connaissance de cause. Une règle écrite vaut mieux qu'une décision prise à une minute de l'annonce.
  3. Dimensionner pour le scénario de gap. Si une position reste ouverte pendant un événement, calculez la perte pour un gap plausible (par exemple 3 à 5 fois la distance du stop), pas seulement pour le stop.
  4. Se méfier des niveaux « garantis ». Un niveau défendu par une banque centrale, un peg, un support historique : plus il paraît sûr, plus les stops s'y accumulent, et plus la chute est brutale s'il cède.
  5. Connaître ses protections. Certains courtiers proposent des stops garantis, contre une prime. La protection contre le solde négatif, quand elle s'applique, limite la perte au capital du compte, pas au risque prévu.

Le placement du stop lui-même reste essentiel au quotidien : voir le stop loss en trading.

Les limites de la leçon

  • L'événement est extrême. Un mouvement de cette ampleur sur une grande paire est rare. Il ne justifie pas de trader sans stop : il rappelle seulement ce que le stop ne couvre pas.
  • Les chiffres varient selon les sources. Plus bas atteint, slippage subi, pertes des courtiers : les montants diffèrent selon les plateformes et les communiqués. Ils sont donnés ici en ordres de grandeur.
  • La date n'était pas prévisible. Le risque, lui, l'était : un niveau défendu par une décision politique peut être abandonné par une autre.

Ce contenu est pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Le trading comporte un risque de perte en capital.

Mesurer son slippage sur Trade Stack

Sur Trade Stack, vous saisissez votre risque prévu, votre stop et votre prix de sortie réel. Le R réalisé de chaque trade est calculé à partir de votre P&L réel divisé par le risque prévu : un stop prévu à −1 R qui coûte 160 € au lieu de 100 € apparaît à −1,6 R, trade après trade. Sur un mois, vous savez combien le slippage vous coûte réellement, et autour de quels événements.

Suivre mes sorties réelles sur Trade Stack

À retenir

  • Le 15 janvier 2015, la BNS a abandonné le plancher de 1,20 et l'EUR/CHF est tombé vers 0,85 en quelques minutes.
  • Les stops ont été exécutés là où un acheteur réapparaissait, souvent des centaines de pips plus bas.
  • Un stop est un ordre, pas une garantie : il dit à quel prix vous voulez sortir, pas à quel prix vous sortirez.
  • Le risque de gap se gère avant, par la taille et l'exposition, pas par le stop.
  • Plus un niveau paraît sûr, plus les stops s'y accumulent.

Questions fréquentes

Un stop garanti aurait-il protégé les traders ?

Chez les courtiers qui en proposaient, oui : le prix d'exécution est garanti, contre une prime ou un écart plus large. C'est la différence avec un stop classique, exécuté au meilleur prix disponible.

Ce genre d'événement peut-il se reproduire ?

À cette échelle, rarement. À plus petite échelle, régulièrement : gaps du lundi matin, annonces surprises, chocs de liquidité. Le mécanisme est le même.

Faut-il éviter de trader pendant les annonces ?

C'est une décision de méthode, pas une obligation. L'important est qu'elle soit écrite avant l'annonce, avec une taille calculée pour le pire scénario plausible.


Sources : communiqués de la Banque nationale suisse du 6 septembre 2011 (introduction du cours plancher) et du 15 janvier 2015 (abandon) ; déclaration de Jean-Pierre Danthine du 12 janvier 2015 ; communiqué de FXCM du 15 janvier 2015 (soldes négatifs clients d'environ 225 millions de dollars) ; mise en administration d'Alpari UK le 19 janvier 2015 ; ESMA, mesures d'intervention sur les CFD (2018). Niveaux de prix en ordres de grandeur, variables selon les plateformes. Tableau de slippage : exemple de calcul.

S
↳ ÉCRIT PAR
Samuel O.
Trader, professeur de trading et co-fondateur de TradeStack
Trader et professeur de trading depuis trois ans, Samuel enseigne partout en France et trade les contrats futures. Il a co-fondé TradeStack.
Le trading comporte des risques de perte en capital. Le contenu de TradeStack est fourni à titre informatif et éducatif, et ne constitue pas un conseil en investissement.
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